jeudi, 29 mars 2012
Quand la microfinance évalue les évaluations
Hier à Paris, le Club de la micro-finance à Paris organisait une conférence sur l'impact de la micro-finance et son évaluation. Depuis 1980, Florent Bédécarrats, chargé de recherche dU réseau d'échange CERISE, a recensé 154 études sur un sujet qui concerne quelques 200 millions de personnes dans le monde. Les premières approches prêtaient le flanc aux controverses sur les méthodologies employées ; à partir du début 2000 vinrent les critiques sur les échecs économiques, notamment en Inde.
Il semble qu'un consensus se dégage aujourd'hui sur l'évaluation fondée sur «la méthode expérimentale».
William Parienté, professeur à l'Université de Louvain, a d'abord souligné que le critère du taux de remboursement élevé ne pouvait suffire à donner une mesure de l'impact de la micro-finance sur les conditions de vie de ses bénéficiaires. Il a ensuite pointé les divers biais de sélection des évaluations classiques avant d'en venir à la méthode expérimentale.
Calquée sur les pratiques du placebo ou assignation aléatoire en médecine, celle-ci consiste à prendre deux populations tirées au sort dont l'une seulement bénéficie du programme de micro-finance. Deux à trois ans après le lancement de ce dernier, les conditions de vie des deux populations sont étudiées.
Dans la pratique, William Parienté et le laboratoire JPAL ont enquêté sur trois expériences menées, l'une au Maroc, en milieu rural, les deux autres en milieu urbain en Inde et aux Philippines.
Après deux ans et demi de programme, il en ressort que la micro-finance a un impact élevé sur l'économie mais pas sur la pauvreté.
Stéphanie Pamies-Sumner et Bertrand Savoye de l'Agence française de développement ont ensuite venus expliqué comment l'AFD mène ses propres évaluations. Ils en ont souligné le coût relativement élevé mais aussi l 'intérêt de la méthode expérimentale. De leurs réflexions et de l'accumulation des connaissances ainsi réalisées, l'AFD a pris de nouvelles inflexions stratégiques : renforcer la part de la micro-finance rurale, renforcer le dispositif en diretion des IMF (institutions de micro-finance), encourager les projets innovants et, enfin, construire une doctrine en matière de micro-finance responsable.
Des échanges avec la salle, deux enseignements se dégagent : d'une part, la difficulté de généraliser les résultats de programmes très disparates, d'autre part, l'absence de fluidité entre les pratiques des bailleurs de fonds et les investisseurs en impact investment.
10:44 Publié dans La finance, vous pigez ?, Les actus de l'investissement social responsable | Lien permanent | Commentaires (1)


