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mardi, 15 décembre 2009

Les technologies vertes, un marché de 1.600 milliards de dollars

Clean economy, living planet - Building Strong Clean Energy Technology Industries, c'est le titre de l'étude présentée cette semaine par l'ONG WWF au sommet de Copenhague. Selon ses rédacteurs, les technologies « vertes » deviendront, en 2020, le troisième secteur industriel derrière l'automobile et l'électronique. Soit un marché mondial de 1.600 milliards de dollars. Elles pèsent aujourd'hui un peu plus que la pharmacie, soit 630 milliards de dollars.

Le rapport compare les pays de l'Union européenne, ceux du G7 et les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et les classe selon leur capacité à produire des technologies de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en pourcentage du PIB. Sur le podium se hissent le Danemark, le Brésil et l'Allemagne. Derrière viennent l'Espagne et la Finlande puis la Chine. La France est douzième du classement.
En termes absolus de production de  « technologies « vertes , l'Allemagne prend la première place, suivie des Etats-Unis, du Japon, de la Chine, du Danemark, du Brésil, de l'Espagne et, à la huitième place, de la France.

Les rédacteurs de l'étude soulignent que le succès des pays gagnants -Danemark, le Brésil, l'Allemagne et l'Espagne- s'explique par la conjonction de trois mêmes facteurs : un appui étatique constant à la recherche & développement, une stratégie d'investissements prioritaires dans les secteurs trouvant des débouchés nationaux forts et, enfin, des marchés domestiques suffisamment profonds pour assimiler les applications des technologies d'énergie verte.  

L'optimisme des prévisions des auteurs de l'étude peut-il être partagé ? Ces derniers soulignent la vélocité de la croissance verte : un rythme annuel de 24 % entre 2000 et 2008 pour l'énergie éolienne, de 31 % pour le bio-diesel et de 53 % pour le solaire. Leur anticipation d'un marché de  1.600 milliards de dollars en 2020 repose sur des hypothèses de taux de croissance annuelle de 5 % pour les technologies d'efficacité énergétique et e 15 % pour les renouvelables.

Cependant, une autre étude, cette fois de l'UNEP (United nations environment program) est moins optimiste. Dans le « Global Trends in sustainable Energy Investment 2009 », il est noté que les investissements dans le secteur des énergies propres n'ont progressé que de 5 %, à 155 milliards de dollars américains, contre plus de 25 % en 73%, 54 % en 2006 et 59 % en 2007. Et  2009 se présente mal : sur les trois premiers mois de l'année, les investissements ont diminué de... 53 %.

La validité des anticipations du WWF dépendra de l'application effective du programme américain : le président Obama a annoncé que l'Etat injecterait 180 milliards de dollars dans les énergies renouvelables.

 

 

 

La betterave se peint en vert

Bientôt sur les écrans une campagne de publicité pour vanter les qualités d'agrocarburant de la betterave. A l'occasion de l'assemblée générale des producteurs français, le président de la CGB (Confédération Générale des planteurs de Betteraves) a déclaré vouloir « informer les citoyens français sur la possibilité qui leur est désormais offerte de participer dans leurs gestes quotidiens à la lutte contre le réchauffement climatique ». Les voilà donc invités à remplacer leur diesel par le bioéthanol fabriqué à partir de betterave (au Brésil, c'est la canne à sucre). L'an dernier déjà, le bioéthanol était incorporé dans les carburants classiques à hauteur de 8,7 %.

Le bioéthanol, comment ça marche ?
Pratiquement, soit il est introduit directement dans l'essence soit il est transformé en ETBE -éthyl tertio butyl éther- un carburant qui contient 47 % d'éthanol. En France, une automobile « classique » peut fonctionner avec un carburant comportant 10 % de bioéthanol pur ou 15 % d'ETBE. Depuis le 1er avril 2009, le nouveau carburant E 10, composé à 90 % d'essence sans plomb et à 10 % d'éthanol pur, est vendu par 14 % des stations services.

Pourquoi ce focus sur les agro-carburants ?
La directive EnR impose à l'Union que les carburants utilisés pour les transports proviennent, en 2020, à 10 % des énergies renouvelables. La France table sur l'E10 pour atteindre son propre objectif pour 2010 de 7 % d'incorporation d'agrocarburant. La culture de la betterave qui couvre 2 % de la SAU ou Surface agricole utile française devrait être record cette année avec un rendement de 93 tonnes l'hectare. Sur les 34 millions de tonnes attendues à la fin de la récolte, un peu plus du dixième ira à la fabrication d'éthanol.

Où en est-on aujourd'hui ?
Près de 10 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) d'agro-carburant ont été consommées en 2008 pour les transports routiers de l'Union européenne, soit 28 % de plus en un an. Cela représente 3,3 % du contenu énergétique des carburants utilisés dans les transports routiers de l'Union européenne. Selon EurObserv'ER, le biodiesel est le premier agrocarburant produit en Europe, elle-même premier producteur mondial avec 65% de l'offre, soit entre 2,3 et 2,8 milliards de litres. Selon l'EBIO ou European Bioethanol Fuel Associations, la France a doublé sa production de bioéthanol carburant en 2008, à 1 milliard de litres, devant l'Allemagne, avec 568 millions de litres.
Problème : cela ne suffit pas et les importations de biodiesel américain ont bondi de 50 % l'an dernier : le million et demi de tonnes importé a représenté, toujours selon EurObserv'ER, 16,3 % de la consommation européenne de biodiesel par les transports.

L'agrocarburant est-il vraiment bénéfique pour l'environnement ?
A priori, oui. Selon l'ADEME, les filières agrocarburants émettraient entre 60 et 80 % de gaz à effet de serre en moins que les carburants fossiles. Cependant, cette comparaison est facile : n'importe quel béotien en sciences comprendra que la production d'éthanol est moins polluante qu'une centrale thermique à charbon. En revanche, l'étude de l'ADEME occulte trois impacts négatifs majeurs du recours massif aux agrocarburants :
- la hausse mondiale des prix des denrées alimentaires de base : pour le FMI, un tiers de l’envolée des cours vient du remplacement des cultures vivrières par les agro-carburants ;
- l’expansion du modèle agro-industriel, peu créateur d’emplois et destructeur des villages, en pointe dans la préservation des milieux naturels;
- les dégâts environnementaux provoqués par le recours intensif aux engrais et pesticides et au déplacement des cultures traditionnelles vers des zones plus fragiles.
Sur ce dernier point, les betteraviers français rétorquent qu'ils ont réduits de moitié leur consommation d'azote en vingt ans et qu'ils sont prêts à réduire encore de moitié cette dernière, dans le cadre du plan Ecophyto 2018. Mais ils menacent aussi : à condition que leurs rendements soient maintenus...

La directive EnR sera-t-elle appliquée en 2020 ?
Pas certain. La polémique sur les agrocarburants a conduit certains pays à réviser en baisse leurs objectifs de production dès 2010. Ainsi, l'Allemagne a déjà supprimé les avantages fiscaux aux agro-carburants et la France devrait le faire en 2012.
Surtout, l'Europe veut favoriser, à partir de 2017, les agrocarburants de deuxième génération produits à partir de plantes entières. L'avantage est double : frein aux importations et possibilité pour les producteurs européens de satisfaire la hausse de la demande.

 

 

Paris est vert, le saviez-vous ?

Paris serait la deuxième grande ville verte d’Europe. Devra-t-elle abandonner le bleu et rouge pour la couleur de l'espérance ? C'est ce qu'affirme l'étude, présentée par Siemens lors du sommet de Copenhague et intitulée « l’Index des villes vertes d’Europe ».
Berlin arrive en tête du classement
des grandes villes, suivie donc de Paris, puis de Rome, de Londres.
Dans le classement des capitales,
Copenhague arrive première...

Paris se distingue par ses performances environnementales en « matière d’émission de CO2, de bâtiment, d’eau et de politique environnementale ». Il est premier pour l'utilisation responsable des sols qui se voit « à ses 400 espaces verts, mis en valeur et entretenus par un service municipal dédié ». L'étude souligne aussi la politique environnementale globale de la capitale française, qui se lit dans ses plans d'urbanisme, de climat et de déplacement. Les usagers du RER apprécieront.

Foin d'ironie : saluons les certifications HQE (haut qualité environnementale) pour huit grandes opérations de promotions de bureaux
: le Bâtiment 270 d’Icade, le siège social de Bouygues Telecom, le centre de relation clients Printania–Bouygues Telecom, le siège social Philips France « Bâtiment Verdi », la Tour Cœur-Défense, Terra Nova 3 de Generali, le siège parisien de la Macif et la Tour EDF.

Quant à la mairie de Paris, elle veut installer des panneaux solaires : 200.000 m2 dans cinq ans, pour un coût estimé à 1,6 milliard d'euros en 2010. Cette estimation ne prend cependant pas en compte les dégradations futures, à l'image de celles qui plombent aujourd'hui le budget de fonctionnement des Vélib.

Toujours la politique de gribouille dans le nucléaire français

EDF a demandé à E.ON de participer à son futur réacteur nucléaire EPR français. Selon des sources de la presse économique d'outre-Rhin, l'allemand a répondu à EDF qu'il était prêt à entrer dans le capital de l'EPR de Penly en Seine-Maritime. Pour l'instant, les positions se répartissent entre EDF (plus de 50 %), GDF Suez (25 %), Total (8,3 %) et Enel pour le reste.
Cependant, E.ON refuse de détenir une part inférieure à celle de l'italien. Actionnaire historique de l'EPR de Flamanville, à hauteur de 12, 5 %, ENEL devait entrer au même niveau dans celui de Penly, selon le contrat signé avec EDF en 2007. E.ON met donc ses conditions et refuse de se voir octroyer une part du capital inférieure à celle de l'italien.
Ces négociations, si l'on ose utiliser le terme, s'inscrivent dans la nouvelle « stratégie » énergétique du gouvernement français : un virage vers l'est, l'Allemagne. Au prix, s'il le faut, des années de partenariat industriel avec les Italiens.