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dimanche, 07 septembre 2014

Un drôle d'été français - Une France sous le syndrôme de Stockholm

23 juillet 2012

Haine du peuple de France

 

             Toujours cette haine du peuple de France. Hier soir, j’ai gâché le plaisir accumulé de la journée. Elle avait commencé dans l’euphorie du départ en vacances vers Pesey, en Haute-Savoie, au bord du parc de la Vanoise. La griserie de l’air avait enlevé toute la fatigue des huit heures de route et, au lieu de me laisser bercer par les bruits de la montagne, j’écoutai la radio en préparant le dîner. Ce fut pour entendre François Hollande « commémorer » la rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942. Cette opération à laquelle les occupants allemands avaient donné le nom de code « vent printanier » consistait à arrêter à Paris 12 894 Juifs étrangers, dont 1051 enfants, réfugiés en France. Avant d’être envoyés vers les camps d’extermination, ils furent parqués qui à Drancy, qui à Pithiviers, qui Beaune la Rolande.

 

            Comme Jacques Chirac en 1995, le chef de l’Etat impute à la France « ce crime commis en France ». De quelle France parle-t-il ? C’est vrai, ces abominations ont été possibles grâce à la collaboration efficace des policiers parisiens. Répartis en 888 groupes, ils ont alpagués ces pauvres gens dont le seul tort était d’avoir cru trouver refuge en France.
            Les policiers obéissaient aux ordres d’un gouvernement dirigé par un vieillard sénile à qui une Assemblée nationale majoritairement de gauche avait, deux ans plus tôt, cédé les pleins pouvoirs.
            Qui sommes-nous aujourd’hui pour condamner des fonctionnaires qui vivaient à une époque où le simple fait de manifester envoyait à la déportation ? Qui d’entre nous aurait eu le courage de s’opposer aux déportations ? Concrètement, aider des fugitifs revenait, avant même de leur fournir un logement et des fausses identités, à les nourrir. On l’a oublié, mais pour Hitler, alors dirigeant de l’Allemagne, le peuple de France devait être asservi, tant financièrement que par la faim : « Notre objectif primordial est d’écraser la France. Il faut rassembler d’abord toute notre énergie contre ce peuple qui nous hait. Dans l’anéantissement de la France, l’Allemagne voit le moyen de donner à notre peuple sur un autre théâtre toute l’extension dont il est capable. »
[1]

 

            Contrairement à François Hollande ou Jacques Chirac, je suis fière d’appartenir à un peuple dont les trois-quarts des Juifs ont réussi à échapper à la barbarie nazie[2], fière d’appartenir à un peuple dont l’évêque de Toulouse Jules Saliège déclarait le 23 août 1942 : « Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. France, patrie bien aimée, France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs. » Pour moi, la France, c’était plus celle partie dans les maquis que celle de la collaboration.

 

            Humblement, je ne peux que me souhaiter à moi-même d’avoir la force d’aider les plus faibles, les plus menacés, ainsi que je le fais en apportant une fois par semaine de la nourriture et de l’amitié aux sans-abri du centre de Paris, hommes et femmes avant d’être Roumains, Afghans, ou Français sans famille ou handicapés. Aurais-je le courage d’aller plus loin s’il fallait braver des lois appliquées d’une main de fer alors même que, aujourd’hui, je m’exonère trop souvent de sortir le lundi soir prétextant la fatigue ou les impératifs familiaux ?

 

            Qu’un Jacques Chirac attribue à la France la responsabilité de la déportation des Juifs alors qu’elle s’inscrivait dans un programme de « solution finale » décidé à Berlin le 20 janvier 1942 lors de la Conférence de Wannsee, passe encore. L’honneur n’est pas ce qui caractérise ce squatter qui, dès la fin de sa présidence, alla habiter, gratuitement et somptueusement, quai de Seine, dans un immeuble appartenant à la famille de Rafic Hariri, ancien président du conseil libanais, ancien intermédiaire d’armes et grand promoteur immobilier.[3]

 

            Mais pourquoi les socialistes choisissent-ils la pire part de leur héritage, celle du vote des pleins pouvoirs à Pétain plutôt que les grandes luttes sociales ? D’où cette fascination pour la veulerie ? Se sentent-ils illégitimes pour se revendiquer de la France de Londres et des maquis ? Ou trop lâches ? Un peu des deux ?
            L’ascension de leurs dirigeants se fonde sur une trahison. Dans la dernière page de son roman « Ils ont tué Pierre Verney », Morgan Sportes cite un ancien maoïste : « Lors de la dissolution
[4], au lieu de dire « on s’est trompé », nos chefs sont restés dans l’ambiguïté. (…) Se déroule alors une grande entreprise de recyclage des chefs : on les recase à Libération, à la télévision, dans l’édition… (…) Les brebis égarées rentraient au bercail, les enfants prodigues. Chacun rejouait pour soi seul l’enfance d’un chef, du maître Jean-Paul Sartre. Les putains respectueuses… - Les putains repenties ! conclut l’ex-mao Gilles Bénard ».

 

            Après le basculement de l’anti-communisme vers l’atlantisme, l’ultime avatar du renoncement sera la fin du soutien à la classe ouvrière. Il est écrit en toutes lettres dans les recommandations de Terra nova. Ce réservoir à idées du parti socialiste se présente comme un « think tank progressiste indépendant ayant pour but de produire et diffuser des solutions politiques innovantes, en France et en Europe ». Dans une note du 10 mai 2011 intitulée « Gauche : quelle majorité électorale pour demain ? », ses auteurs Bruno Jeanbart, Olivier Ferrand etRomain Prudent expliquent : « Il n’y a plus de spécificité du vote ouvrier. Pire, le candidat Lionel Jospin n’a rassemblé que 13% des suffrages ouvriers : les ouvriers ont moins voté socialiste que l’ensemble des Français (16%). Au second tour de la présidentielle, le vote ouvrier passe de 72% en 1981 à 50% en 2007 : pour la première fois de l’histoire contemporaine, les ouvriers, qui ne votaient déjà plus à gauche au premier tour, ne votent plus à gauche au second. »

 

            Il aura fallu dix aux « penseurs « du parti socialiste pour comprendre un phénomène bien mieux campé par Laurent Joffrin, dix ans plus tôt : « Soudain, dans les banlieues des années 80, il n’y avait plus de prolétaires admirables. L’antiracisme remplaçait l’ancienne rhétorique de la justice sociale, le nouveau couple beauf/beur remplaçait l’ancienne paire bourgeois/prolétaire. (…) Il n’y avait plus d’hommes de l’avenir, de fantassins du progrès unis par leur condition commune mais des bourreaux et des victimes que leur race différente jetait les uns contre les autres. Les cités de l’avenir devenaient les cités de la peur ». Et cela, le journaliste l’exposait avant les élections présidentielles de 2002 lorsque, le 21 avril, le Front national est devenu le premier parti des ouvriers de France[5].

 

            Conséquence logique, il faut aller ailleurs chercher les voix qui se porteront sur François Hollande. Ce sont celles des diplômés, des jeunes, des minorités et quartiers populaires et, enfin, des femmes. Cette « stratégie « France de demain » centrée sur les valeurs »[6] a réussi : où François Hollande a-t-il réalisé ses plus beaux scores ? au sein des grandes villes, là où les prix de l’immobilier atteignent des sommets, notamment Paris[7].

 

            Quant aux ouvriers et employés, ces petits blancs qui votent Le Pen, ils sont condamnés à disparaître. Toujours dans la même note de Terra nova : « Les ouvriers de l’industrie ne représentent plus que 13% des actifs : deux ouvriers sur cinq travaillent dans le secteur tertiaire, comme chauffeurs, manutentionnaires ou magasiniers. Ces ouvriers des services, qui travaillent dans l’isolement, ne bénéficient plus de l’identité ouvrière : le collectif de travail de l’usine, la tradition syndicale, la fierté du métier. » Bref, ils puent et ne sont pas intéressants. Ces pauvres types qui, des années durant, enquillent soit les CDD pour assurer les services après-vente des opérateurs télécom soit les contrats aidés pour les mairies en quête de subventions, qui vivent à des dizaines de kilomètres de leurs lieux de travail et qui circulent dans des voitures polluantes au diesel, non mais vraiment, ça existe encore ? Dommage, la délocalisation ne s’applique pas à toutes les tâches ouvrières.

 

            Mon grand-père lui non plus ne devait pas sentir très bon quand il revenait de l’usine. Son travail d’OS consistait à alimenter la cheminée en charbon. Et après, il lui fallait aller aux champs s’occuper de sa toute petite ferme. Il n’était pas de l’aristocratie ouvrière. Sans doute n’aurait-il pas plu aux penseurs de Terra Nova. Pour moi, c’était un homme grand. A l’image de ceux du film de Gilles Perret, « De mémoires d’ouvriers » qui raconte l’épopée des ouvriers-paysans de Savoie. 

 

            Cette Savoie dont les sommets s’empourprent au soleil couchant. Le ciel est pur, la tête me tourne un peu de tout cet oxygène dont j’ai oublié la saveur à Paris. Deux rapaces planent au-dessus du massif de Bellecôte, je m’amuse à penser que ce sont des gypaètes barbus, juste pour le plaisir d’en prononcer le nom. Me penchant sur la gauche, je regarde un papi et ses deux petits-enfants. Lui traîne la jambe, la randonnée a dû être longue, tandis que les bambins courent en se chamaillant. A l’intérieur de l’appartement, mon fils sort de la douche. « Maman, j’ai faim ! » Existe-t-il une phrase plus révélatrice des relations mère-enfants ? Ne me dites pas : il y a aussi « Maman je t’aime ». Bon, au boulot, à la cuisine.

 

 

 



[1] Mein kampf

[2] Selon Lucy Dawidowitz, 26 % de la population juive vivant en France en 1939 a été exterminée, c’est évidemment trop, notamment par rapport à la Finlande et au Danemark (1 %), le Luxembourg et l’Italie (20 %) ou la Bulgarie (22 %).

[3] Oger International, groupe de promotion immobilière de la famille Hariri dont le siège est à Paris, est partenaire capitalistique et industriel du programme Autolib’ à Paris.

[4] Dissolution de la Cause du Peuple en novembre 1973.

[5]  24 % des ouvriers ont voté pour Jean-Marie Le Pen selon le CSA, 30 % selon IPSOS.

[6]  « Insister sur l’investissement dans l’avenir, la promotion de l’émancipation, et mener la bataille sur l’acceptation d’une France diverse, pour une identité nationale intégratrice, pour l’Europe. »

[7]  55,6 % des votes exprimés pour François Hollande, 44,4 % pour Nicolas Sarkozy. Prix moyen du mètre carré à l’achat : 8 418 euros en septembre 2012.

 

 

08:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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